Ocean Coalition

L’océan se meurt,
et nous regardons ailleurs

L’inimaginable se produit.

L’humanité, qui ne représente que 0,01% de la biomasse des êtres vivants de la planète, a réussi à modifier son environnement au point de menacer d’effondrement le plus grand espace sauvage de la planète, celui qui abrite 98% de l’eau présente sur Terre et dont nous sommes directement dépendants pour notre survie : l’océan.

L’océan est le principal régulateur du climat. Les masses d’eau spectaculaires qu’abrite l’océan assurent une répartition clémente de la chaleur et de l’humidité à l’échelle planétaire. Sans lui, la température à la surface de la Terre serait suffocante et inadaptée à la vie humaine.

L’océan a été notre berceau, la vie a éclos en son sein, mais nous sommes en train d’en faire notre tombeau.

Lorsque l’océan surchauffe, les courants océaniques qui dictent la régulation du climat sont modifiés, le cycle de l’eau subit des perturbations majeures entrainant des sècheresses chroniques ou des précipitations diluviennes, les événements climatiques se multiplient en fréquence et en intensité, les canicules marines se multiplient de façon exponentielle, les baleines meurent de faim, la masse de l’eau se dilate, et couplé à la fonte des glaces, le niveau des mers augmente de près d’un demi-centimètre par an…

« On assiste à l’effondrement des océans en direct » constate le chercheur Olivier Adam (Sorbonne/CNRS), qui souligne qu’au rythme actuel, « il n’y a aucune raison qu’il reste des cétacés dans les océans d’ici quarante à cinquante ans ».

Simultanément, le plus grand courant marin, la circulation méridienne de retournement de l'Atlantique dite « AMOC », qui comprend le Gulf Stream, décline inexorablement, à hauteur de 15% depuis 1950. Les publications récentes estiment que ce courant marin pourrait atteindre d’ici quelques années un point de bascule qui modifierait radicalement les schémas météorologiques mondiaux et potentiellement de façon abrupte, rendant l’adaptation des sociétés humaines très difficile. L’Europe de l'Ouest serait particulièrement affectée avec une baisse importante des quantités de pluies, tandis que le reste du monde brûlerait sous un réchauffement insupportable, plongeant les vies humaines et les systèmes alimentaires dans le chaos.

L’UNESCO a alerté sur le fait que l’océan pourrait bientôt émettre plus de carbone qu’il n’en absorbe.

C’est vertigineux. Nous sommes en train de faire de notre meilleur allié notre pire ennemi.

L’océan se transforme en bombe à retardement pour l’humanité.

Le changement climatique intervient à un moment où les océans sont déjà meurtris par les pêches industrielles. Alors que nous avons plus que jamais besoin d’écosystèmes en pleine santé pour contribuer à absorber et atténuer le plus efficacement possible le changement climatique, les responsables politiques continuent de soutenir la destruction de l’océan en finançant, avec nos impôts, des bulldozers sous-marins qui attrapent le poisson en pulvérisant tout le reste autour : le chalutage.

Le chalutage génère une déforestation sous-marine permanente.

Au fil des décennies, nous avons broyé les forêts sous-marines que forment les organismes marins sur les fonds océaniques. D’une main, nous avons utilisé l’océan comme dépotoir et pollué les écosystèmes jusque dans les grandes profondeurs, de l’autre, nous avons siphonné l’océan de façon systématique. Les grands animaux marins comme les thons et les requins ont décliné de plus de 90% dans l’océan global. En Mer du Nord, les poissons ont chuté de plus de 99% depuis 19006. Nous avons perdu la biodiversité, les abondances animales, et avec elles, tout un pan de la pompe à carbone océanique.

Nous avons vidé l’océan.

Chaque année, le passage des immenses filets tractés sur les fonds par les chalutiers français impacte une surface équivalente à 600 000 km2. C’est plus que la France entière… Sur terre, de tels ravages nous seraient intolérables. D’autant plus que chaque année, les méthodes de pêche destructrices telles que le chalutage bénéficient de subventions publiques massives, s’élevant en France à 300 millions d’euros au minimum8.

Sans aides publiques, cette méthode de pêche énergivore et climaticide, structurellement déficitaire, disparaîtrait.

Les océans pourraient souffler, les animaux repeupler le milieu marin, les pêcheurs artisans ne se feraient pas arracher leur équipement de pêche par ces bulldozers des mers et l’océan pourrait continuer à assurer la régulation du climat planétaire.

Cessons de nous acharner sur l’océan. La vie marine est résiliente si on lui donne l’occasion de se réparer. Protéger l’océan n’est pas si compliqué : il suffit d’arrêter de le détruire. Lorsqu’une aire marine est réellement protégée, l’abondance de poissons augmente jusqu’à 670% en quelques années seulement. Mais loin d’être en conformité avec les standards internationaux de protection, la France continue à autoriser les méthodes de pêche à fort impact comme le chalutage dans les zones dites « protégées ». Pour le moment, la « protection à la française » ne protège que les intérêts de lobbies industriels et de flottes chalutières dont la note de gasoil et les impacts écologiques sont payés par les citoyens. Cette situation n’est pas tenable.

Emmanuel Macron a été bien inspiré de décréter 2024 « Année de la Mer ». C’est en effet autour de l’océan que se joue notre avenir. C’est l’occasion de changer radicalement la politique de la France vis-à-vis de l’océan et d’assumer une ambition écologique et sociale forte, sincère et rationnelle, qui permettrait de gagner sur tous les tableaux : les finances publiques, la performance climatique, la restauration écologique et l’emploi. Au lieu de se faire épingler pour son hypocrisie environnementale9, la France pourrait inventer en 2024 un modèle vertueux à tous points de vue qui tournerait le dos aux flottes industrielles dépendantes de subventions publiques et destructrices de biens communs au profit d’un littoral en grande partie protégé et réservé aux pêcheurs artisans et côtiers, dont les métiers sont trois fois plus générateurs d’emplois et trois à quatre fois plus rentables. Un modèle combinant protection et transition sociale-écologique pourrait faire la fierté de la France et servir d’étalon mondial au moment de la troisième Conférence des Nations Unies sur l’océan qui se tiendra à Nice en juin 2025. En tant que deuxième puissance maritime mondiale, ex-aequo avec les Etats-Unis, la France doit endosser cette responsabilité devant la communauté internationale.

2024 doit être l’année du renoncement de la France à la destruction de l’océan.

La coalition citoyenne pour la protection de l’océan que nous lançons aujourd’hui avec 289 ONG, mouvements, collectifs, fondations, entreprises et personnalités engagées, portera sans relâche cette ambition en 2024. L’enjeu est que notre pays transforme profondément son rapport à la mer et mette en place trois mesures urgentes et d’intérêt général :

  1. Interdire le chalutage dans les aires marines dites « protégées ».
  2. Cesser d’abreuver en subventions publiques les méthodes de pêche destructrices et flécher ces financements vers la transition du secteur et la protection de l’océan.
  3. Protéger les écosystèmes et les pêcheurs côtiers en excluant les navires industriels de plus de 25 mètres et pouvant faire jusqu’à 145 mètres de la bande des 12 milles nautiques.

Ces demandes s’inscrivent dans un programme de 15 points que nous appelons la France à mettre en œuvre au plus vite pour sauver l’océan, le climat et les emplois.

Après le temps des déclarations, place aux actions. Le rang maritime de la France dans le monde nous oblige.